Tu mangeras, tu te rassasieras et tu BENIRAS ton D’

0
71

Autour de la table de Chabbath, n°451 Paracha Ekev

Notre paracha enseigne une très belle mitsva qui revient jour après jour, repas après repas : c’est le Birkath Hamazon.

Nous savons en effet qu’un homme (ou une femme) qui mange du pain (au moins une tranche) au cours d’un repas se voit gratifier d’une très belle (et longue) bénédiction : la « bénédiction sur la nourriture ». On l’apprend des versets de notre paracha : « Tu mangeras, tu te rassasieras et tu BENIRAS ton D’ ».

D’une manière générale, toutes les bénédictions que l’on fait avant de manger comme le « Chéhakol » ou « Boré peri ha’éts » sont des bénédictions imposées par les Sages. La seule bénédiction dictée par la Tora c’est notre Birkat Hamazon !

Cette bénédiction est décomposée en 4 sous-bénédictions.

La première bénédiction c’est sur la nourriture elle-même. Cette Berakha a été instituée par Moché Rabbénou sur la manne qui tombait dans le désert.

La deuxième bénédiction traite de la Terre sainte et de la Tora, ce passage a été écrit par Yehochoua à son entrée en Erets.

La troisième bénédiction c’est sur le Temple de Jérusalem. Elle a été instituée par les rois David et Chlomo son fils.

La quatrième bénédiction c’est sur toutes les bontés de Hachem et en particulier à l’époque de la prise de la ville de Bétar (Tour 187).

Quiconque mange du pain et en est rassasié est redevable de faire ce Birkat (d’après la Tora). Cependant, d’après les Sages, même s’il l’on ne mange que le volume d’un seul Cazaït (c’est-à-dire une tranche de pain), il faudra quand même faire la bénédiction. Les enfants sont aussi tenus de faire le Birkat (pour les habituer à la mitsva).

Quand est-il d’un jeune garçon qui, la veille de sa Bar Mitsva a fait un bon repas (et bien sûr a fait le Birkat) ? Cependant le soir de sa 13ème année il a encore le sentiment de satiété du repas de la veille. Devra-t-il refaire le Birkat à la tombée de la nuit ou non ?

La question parait incongrue car il a déjà fait la Berakha la veille ! Toutefois, comme on l’a expliqué, l’homme doit être rassasié pour être redevable par la Tora de la bénédiction. De plus il existe une autre Halakha : tout le temps où l’homme a le sentiment d’être rassasié par son repas il pourra faire la bénédiction finale (à priori on doit dès la fin du repas faire cette belle mitsva). Après le temps de digestion (en moyenne 72 minutes), l’homme ne pourra plus bénir car son Birkat ne se rapporte plus à son repas. Donc la question sur le Bar Mitsva garde toute son importance puisque lorsqu’il a fait son Birkat il n’était pas redevable par la Tora (uniquement par les Sages), et le soir de ses 13 ans (alors qu’il est devenu adulte) il est encore rassasié par sa nourriture. Normalement il sera donc redevable de refaire son Birkat.

Cette question est posée par le Gaon rabbi Akiva Eiger (sur le Choul’Han Aroukh). Il évoque les deux possibilités : soit de considérer que le Birkat est une bénédiction qui repose sur le sentiment de satiété, soit qu’il s’agisse d’un remerciement sur le profit au moment du repas. Si l’on penche sur la deuxième possibilité alors il va de soi que notre Bar Mitsva du jour n’aura pas à refaire son Birkat car la raison de sa bénédiction repose sur l’acte de manger. Or à l’époque (la veille) il avait un statut « d’enfant » et même après qu’il soit devenu adulte (durant la nuit) il n’a pas eu de nouvelles obligations (par rapport à son Birkat). Tandis que si on considère la première possibilité comme juste, c’est-à-dire que le Birkat repose sur le bien-être et la satiété qui suit le repas, alors il se peut bien que notre jeune adulte doive refaire son Birkat même s’il n’a rien mis dans la bouche depuis la tombée de la nuit. Après avoir notifié ces deux éventualités, rabbi Akiva Eiger reste sur sa question et ne tranche pas.

La question de la grandeur de rabbi Akiva Eiguer n’est pas à démontrer (à 7 ans il connaissait déjà une bonne partie du Talmud) et sans fausse modestie nous n’atteignons pas la dimension de l’aile d’une mouche face à la grandeur d’un aigle majestueux. Seulement on évoquera deux points déjà marqués dans les Poskim.

1 – La Tora a dit : « Tu mangeras et tu te rassasieras… ». C’est-à-dire que pour être redevable du Birkat il faut MANGER .C’est-à-dire le passage dans notre bouche de l’aliment et son absorption. Dans le cas où à D’ ne plaise l’homme est rassasié par une sonde, il est certain qu’il est exempt du Birkat car il n’a pas fait l’acte de manger.

Un autre point intéressant, c’est que lorsqu’un homme termine son repas sans avoir fait son Birkat, il doit revenir sur place afin de le faire. Or si on considère que le fait d’être rassasié est la cause de notre bénédiction, on ne devrait pas revenir sur place et uniquement bénir à l’endroit où on se rappelle ne pas avoir encore fait la bénédiction. Donc de ces deux points on remarque que c’est l’acte de manger qui est la cause de notre formidable bénédiction.

2 – Même si l’on soutient que le jeune Bar Mitsva est redevable du Birkat à nouveau le soir, il convient de savoir que lorsqu’il a fait son Birkat en après-midi il est probable qu’il se soit AUSSI rendu quitte de la Mitsva (de la Tora) du Birkat. En effet, le Maguen Avraham (167.2) rapporte un Mordekhaï qui enseigne qu’un homme qui fait le Kidouch du vendredi soir longtemps avant la tombée de la nuit (durant le temps de la Tosséfeth du Chabbath alors que ce n’est pas véritablement le Chabbath d’après la Thora) s’est rendu quitte de la Mitsva du Kidouch du soir qui lui est Min HaTora. C’est-à-dire que lorsque l’on se rend quitte d’une Mitsva des Sages, automatiquement on sera quitte de la Mitsva de la Tora. Donc notre jeune bar Mitsva qui fait son Birkat « derabanan » (en journée) a dû se rendre quitte de la Mitsva de la Tora de la tombée de la nuit.

Le Birkat qui a sauvé la vie !

Cette semaine on vous propose un très beau sippour directement lié avec le Birkat. Il s’agit d’un homme âgé habitant Jérusalem qui faisait depuis toujours particulièrement attention de faire bien son Birkat avec beaucoup d’attention. Fréquemment il ne mangeait pas de pain car il savait qu’il n’avait pas le temps de faire un beau Birkat. Une fois, il raconta son histoire véridique très époustouflante. Il était alors un jeune garçon quelque part en Europe Centrale juste avant la guerre lorsque le rav Méir Chapira, Roch Yechiva de ‘Hakhmé Lublin (l‘instigateur du Daf Hayomi), est venu visiter son école. Il prit tous les enfants et leur dit : « Est-ce que vous connaissez une lettre de l’aleph-bet qui n’apparait pas dans tout le Birkat ? Les enfants écoutèrent avec beaucoup d’attention. C’est la lettre Fé finale, car, continua le rav, « celui qui dit avec beaucoup d’attention son Birkat se verra protéger de la colère (Chétsef) et du dommage (Kétsef et ‘Haron Af) (c’est le Ba’h qui rapporte cet enseignement) ; de plus sachez mes chers enfants que celui qui fait bien le Birkat est assuré d’une subsistance TOUS LES JOURS DE SA VIE (Séfer Ha’Hinoukh). Voyez ce que l’on peut gagner à faire une belle bénédiction ». Ces paroles ont touché notre jeune garçon et depuis il devint très attentif à la Mitsva.

Les années passèrent, la guerre se déclencha et la catastrophe s’abattra sur tout le monde juif européen. Notre jeune s’est retrouvé dans les camps de la mort. A l’entrée du camp d’Auschwitz, il y avait une longue queue de pauvres juifs qui devaient passer devant un ange de la mort… Le nazi indiquait de son doigt soit la droite, c’était vers les camps de travail, soit la gauche vers les chambres à gaz et les crématoires…

A ce moment terrible notre jeune s’est rappelé des paroles du rav Chapira : celui qui dit le Birkat avec ATTENTION sera sauvé de la colère divine. Il fera alors une prière silencieuse. « Ribono chel ‘olam, j’ai l’assurance des grands de notre peuple qu’il n’existe pas de colère sur moi grâce à mon Birkat ». Sa prière fut acceptée et le nazi tournera sa main vers la droite. Seulement la peur continuera car il y avait une deuxième sélection. Cette fois, elle constituait à répartir les captifs vers un métier. Qui parmi la foule se destinera au travail de forgerons, mécanos etc…, afin de fournir la main d’œuvre gratuite aux grandes usines allemandes installées pas loin du terrible camp. Seulement notre jeune ne savait RIEN dans la vie ! Il avait très peur mais comme il existe un Ribono chel ‘olam (même à Auschwitz) son voisin de derrière lui tapota dans le dos en lui disant : « Tu diras que tu es mon aide-cuisinier ». Or, notre jeune ne connaissait pas du tout le métier. Seulement son voisin le rassurera en lui disant qu’il l’aiderait à la tâche. C’est ainsi qu’il dira au nazi qu’il est cuisinier de métier. L’allemand acquiesça et l’envoya dans les cuisines d’Auschwitz… C’est ainsi qu’il passera toutes les années dans la cuisine du camp le plus terrible qui ait pu exister (construit et agencé par le peuple le plus civilisé au monde !). Alors que tous ses frères étaient en sous-nutrition chronique, notre garçon sera nourri tous les jours. L’histoire ne s’arrête pas là. Vers les derniers temps des camps, justes avant que les alliés ne le délivrent notre jeune s’est fait prendre par deux nazis qui s’étonnèrent de voir un Juif bien portant déambuler dans le campement. Leur jalousie et leur haine étaient sans limites. Ils lui dirent : « On te donne deux heures pour creuser une fosse de 2 mètres sur un mètre avec une profondeur d’un mètre en utilisant cette petite cuillère. Dans le cas où tu ne réussis pas tu rejoindras tes frères au Ciel !». La peur s’empara de lui et il essaya de commencer à creuser dans la caillasse. La situation était incongrue, un prisonnier juif creusant sans aucun motif. Cependant, un camion amenant des ouvriers/captifs polonais  qui virent le spectacle furent amusé par cette scène : voir un Juif creuser le sol avec une cuillère. Alors, Ils lui lancèrent toute sorte de vieilles carottes, pommes de terre et laitues en signe de moquerie ! Notre Juif était dans l’expectative devant le camion qui s’éloignait. Rapidement vint des usines un groupe de prisonniers juifs qui finissaient leur journée de travail exténuant. C’est alors qu’ils virent l’amoncellement de carottes et autres victuailles et demandèrent à notre homme s’ils pouvaient les prendre en contrepartie d’un travail quelconque. Le jeune répondit de suite « Oui, mais aidez-moi à faire ce trou ». Immédiatement, le groupe se mis à l’œuvre et rapidement la fosse fut terminée. Le groupe repartit avec les légumes tandis que les nazis arrivèrent avec leurs revolvers prêts à en finir avec notre Juif « à la cuillère »  C’est alors qu’ils s’approchèrent et virent l’incroyable : le trou était fini. Les nazis dirent « Tu es un vrai ange pour avoir fait ce travail, on te laisse en vie » Fin de l’histoire véritable : qui voudra commencer à faire un beau Birkat ?

Chabbat Chalom, à la semaine prochaine si D’ le veut.

David GOLD soffer écriture Askhénaze et écriture Sépharade.

Tél : 00972 55 677 87 47

E-mail : dbgo36@gmail.com

Aucun commentaire

Laisser un commentaire