L’équilibre des forces entre l’Égypte et le Qatar et la couverture arabe de l’affaire des conseillers de Netanyahou

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L’affaire « Qatargate », qui secoue la scène politique israélienne, a également fait émerger un débat plus large au Moyen-Orient sur l’équilibre des forces entre l’Égypte et le Qatar. En coulisses des négociations sur l’accord d’échange d’otages, une dynamique complexe d’intérêts et de tensions entre les deux médiateurs se révèle. Comment les médias arabes couvrent-ils ces événements ?

Be’hadré ‘Harédim – Illustration : Le Qatar

Le conflit discret entre l’Égypte et le Qatar pour conserver leur rôle de médiateur principal au Moyen-Orient accentue la rivalité régionale entre les deux pays. Alors que l’Égypte cherche à préserver son influence historique, motivée par des intérêts sécuritaires, le Qatar, lié aux Frères musulmans, exploite ses relations avec le Hamas pour renforcer sa position diplomatique. Ces divergences d’intérêts freinent les possibilités d’accord, chaque État tentant d’en tirer un bénéfice stratégique. C’est ce qu’a rapporté Sapir Lipkin pour Nouvelles 12.

Selon le Dr Ariel Admoni, spécialiste du Qatar à l’université Bar-Ilan : « L’affaire Qatargate a un impact sur deux axes régionaux majeurs. Il est de notoriété publique que le Qatar et l’Égypte ne sont pas de proches alliés. Mais le Qatar n’est pas choqué par ces révélations — il sait pertinemment qu’il œuvre à éroder l’influence égyptienne dans la région. »

Il ajoute : « Le Qatar s’appuie sur le fait que l’Égypte évitera une confrontation publique, en raison de sa dépendance économique envers les investissements qataris. » « Les Égyptiens ont besoin des capitaux qataris et sont donc contraints d’avaler cette pilule amère. »

Mais selon lui, le vrai sujet d’inquiétude pour le Qatar est autre : « Ce qui les dérange, c’est que les révélations les présentent comme trop proches d’Israël, ce qui nuit à leur image dans le monde islamiste qu’ils tentent de séduire. »

Le Dr Michael Barak, expert en Égypte et jihadisme islamique à l’université Reichman, souligne : « Cette affaire est le reflet de tensions profondes et durables dans l’arène régionale. Même si les médias officiels égyptiens évitent de critiquer ouvertement le Qatar, les réseaux sociaux en Égypte voient émerger de vives critiques, présentant Doha comme hypocrite et facteur d’instabilité plutôt que de paix. »

Selon Barak, les Égyptiens accusent le Qatar de saper leur autorité, notamment en soutenant les Frères musulmans.

« Au sein du public égyptien, on perçoit le Qatar comme hypocrite. On le qualifie de “double face” et la famille royale qatarie est surnommée “la famille du pot-de-vin”. »

En parallèle, Netanyahou est lui aussi moqué, accusé de ne pas bien choisir ses collaborateurs, ce qui renforce les soupçons de corruption. Toujours selon Barak : « Du point de vue égyptien, le Qatar sape leurs efforts de médiation, renforce le Hamas et contribue à l’instabilité régionale, compliquant la recherche d’un accord à Gaza. »

Dans le journal libanais Al-Akhbar, proche du Hezbollah, on peut lire : « Netanyahou, déjà poursuivi pour corruption, a rejeté les accusations liées à ses conseillers et au Qatar, les qualifiant de “fake news” motivées politiquement. La police israélienne a annoncé l’arrestation de deux de ses conseillers, Yonatan Urich et Elie Feldstein. »

Sur la chaîne saoudienne Al-Sharq, il a été rapporté : « L’enquête sur l’affaire Qatargate, qui secoue la politique israélienne, se poursuit, avec un intérêt accru pour les liens présumés entre les conseillers de Netanyahou et le gouvernement qatari. La police a arrêté deux de ses collaborateurs, et le conseiller juridique du gouvernement a convoqué Netanyahou pour témoigner, même s’il n’est pas considéré comme suspect à ce stade. »

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