Eliyah Cohen, rescapé de captivité, revient dans une interview bouleversante sur ce qu’il a vécu depuis le 7 octobre, jour du début de la guerre : l’enlèvement, la vie dans les tunnels du Hamas, son retour en Israël, et son processus de reconstruction.
Hame’hadech
« Ils ont lancé une première grenade, quelqu’un a crié “grenade !”, elle a explosé et tué tous ceux qui étaient à l’entrée »
« J’ai dit Chema’ Israël, j’ai ouvert les yeux et j’ai vu trois terroristes avec un sourire fou sur le visage »
En fin d’entretien, il lance un appel : « Il y a des êtres humains sous terre. Il faut se casser la tête pour les sortir de là. »
Un mois et demi après avoir été libéré de 505 jours de captivité entre les mains du Hamas, Eliyah Cohen s’est exprimé dans une interview émouvante accordée à Nouvelles 12. Il y retrace ce qu’il a vécu depuis son propre point de vue : le début de la guerre, son enlèvement à Gaza, la vie dans les tunnels du Hamas, son retour en Israël, et le chemin de reconstruction qu’il suit actuellement.
Eliyah raconte le moment le plus terrible, lorsque les terroristes se tenaient devant leur abri de fortune : « On entend des camionnettes s’arrêter. Beaucoup de camionnettes. Des cris en arabe. Ils lancent une grenade. Quelqu’un crie “grenade !”.
Il voit ensuite Aner Shapira commencer à renvoyer les grenades vers les terroristes : « Une autre grenade est lancée. Il l’attrape et la renvoie dehors. Je l’ai vu de mes propres yeux. Tout le monde savait ce qu’il faisait. À un moment, Aner tient une grenade, et je vois qu’ils ont réussi à le toucher. Il tombe au sol, et la grenade explose avec lui. C’est là que j’ai dit : “Je n’y crois pas. Celui qui nous protégeait n’est plus.” »
Eliyah poursuit : « Après Aner, d’autres ont continué à jeter les grenades dehors. Je me souviens d’une fille qui en prend une et la lance. Puis vient la dernière grenade, celle qui a sectionné la main de Liron Hirsch. Après cela, plus personne ne s’est levé pour en lancer. »
Il raconte ensuite avoir dit « Chema’ Israël », puis ouvert les yeux : « Je vois trois terroristes. Ils ont des téléphones, des flashs, ils nous filment, avec un sourire fou sur le visage. Un sourire dément. Je n’oublierai jamais ce sourire. Je m’endors avec lui, je vis avec lui. C’est le sourire de mon enlèvement. »
Arrivé à Gaza, il subit une opération sans anesthésie pour retirer une balle de sa jambe : « Sans injection, juste un morceau de tissu dans la bouche. On m’a dit : “Tu ne dois pas crier. Si les civils dehors t’entendent, ils entreront dans la maison et je ne pourrai pas te protéger.” »
Pendant sa captivité, il rencontre d’autres otages. Les terroristes ne cessent de les torturer psychologiquement : « Tu te retrouves à supplier, et ils prennent plaisir à ça. Ils savent qu’ils te font souffrir. »
Eliyah pensait que sa compagne avait été tuée : « Dans ma foi, je ne pouvais pas imaginer un seul scénario où elle aurait survécu. C’était très dur au début, de croire que je l’avais perdue. Depuis notre rencontre, on vit ensemble. »
Après le bombardement du tunnel où il était détenu, il est transféré, avec un autre otage, Alon Ahel, dans une cachette : « Il ne voit plus d’un œil. Il est mal en point. On passe notre temps à parler. Je lui dis : “N’oublie pas d’où tu viens, ni ta famille.” On se serre dans les bras et on pleure. Je lui dis : “Sois fort.” Je lui promets que si je sors d’ici, je ne l’oublierai pas. »
Le jour de sa libération arrive enfin.
« Dès que je descends de l’ambulance, une femme vient vers moi et me dit : “Bienvenue en Israël.” Je la regarde et je me dis : “C’est elle qui va m’annoncer la nouvelle.” Elle me dit : “Ta mère et ton père t’attendent au kibboutz Réim.” Puis elle me dit : “Et Ziv.”
Je lui dis : “Quoi, Ziv ? Tu te moques de moi ?” Elle répond : “Non.” On a tous les deux éclaté en sanglots, en hurlant dans la voiture. Je lui ai dit : “Tu pourrais me renvoyer pour 500 jours là-bas, rien que pour me redire encore une fois que Ziv est vivante.” »
À la fin de l’interview, Eliyah adresse un message aux décideurs : « Il y a des êtres humains sous terre. Il faut trouver une solution. S’asseoir autour de la table des négociations et se casser la tête pour les faire sortir de là. À mes yeux, les laisser là-bas, c’est une condamnation à mort. »