Une nouvelle étude menée en janvier 2025 révèle que moins de six pour cent des habitants de Gaza souhaitent que le Hamas reste au pouvoir dans l’enclave, tandis que la grande majorité soutient d’autres solutions, notamment un gouvernement d’union nationale sous l’Autorité palestinienne ou une administration dirigée par le Fatah.
Israël Hayom
Cette enquête, réalisée par l’Institut pour la Promotion Sociale et Économique (ISEP) entre le 22 et le 27 janvier, dresse un portrait surprenant de l’opinion publique à Gaza après le cessez-le-feu. L’ISEP est un institut de recherche dédié à l’amélioration des conditions de vie des Palestiniens sur les plans social, politique et économique. Cela réduit la crainte que les résultats, bien que perçus comme favorables à Israël sous une certaine perspective, soient intentionnellement biaisés.
Le sondage repose sur un échantillon de 400 personnes issues de 34 localités différentes de la bande de Gaza, de Deir al-Balah et de Khan Younès. Il a été mené par des entretiens en face-à-face, en utilisant une méthode d’échantillonnage par quotas basée sur le lieu de résidence avant la guerre, le genre et l’âge afin d’assurer la représentativité des résultats.
Espoir et inquiétude
Les habitants de Gaza expriment un espoir croissant après l’accord de cessez-le-feu avec Israël, bien que cet espoir soit accompagné d’anxiété et de colère. Malgré une amélioration de l’état d’esprit général, le sondage montre que les attentes concernant la fin de ce qu’ils considèrent comme « l’occupation israélienne » n’ont pas évolué positivement par rapport à la période précédant la trêve.
Selon les résultats, environ 67,9 % des personnes interrogées attribuent le succès de l’accord de cessez-le-feu au président américain Donald Trump, suivi par le Qatar. En revanche, seuls 20 % des sondés accordent du crédit au président Joe Biden.
La grande majorité des répondants pense que le cessez-le-feu tiendra et deviendra permanent, permettant ainsi des efforts de reconstruction. Environ 90 % des participants estiment que la trêve durera au moins les 42 jours initiaux, voire deviendra définitive.
Le Hamas perd massivement du soutien
L’un des résultats les plus marquants du sondage est la chute spectaculaire du soutien au Hamas. Un article paru récemment dans The Guardian s’appuyait sur une autre enquête réalisée par le Dr. Nils Malouk, chercheur au King’s College de Londres, qui montrait une baisse du soutien au Hamas, passant de 42 % juste après le 7 octobre 2023 à 21 % en janvier 2025.
Les résultats de l’ISEP sont encore plus frappants : seulement 6 % des habitants de Gaza souhaitent que le Hamas continue à gouverner après la guerre, et seulement 12,4 % s’attendent à ce que cela arrive réellement. De plus, seulement 5,3 % des sondés déclarent qu’ils voteraient pour le Hamas lors d’élections futures. 70 % des répondants pensent que le Hamas n’a ni la force ni la capacité de gérer la situation à Gaza à l’avenir.
Montée du soutien au Fatah et aux alternatives
L’enquête révèle une hausse significative du soutien au Fatah depuis le cessez-le-feu. Le pourcentage de personnes prêtes à voter pour le Fatah a grimpé de 17,1 % à 29,1 %. Le gouvernement d’union nationale de l’Autorité palestinienne reste l’option la plus populaire, avec 37,9 % des sondés soutenant cette solution et 40,3 % estimant qu’elle sera mise en place. Concernant le futur gouvernement de Gaza, 32 % des participants préfèrent voir le Fatah prendre le contrôle de l’enclave après la guerre, ce qui en fait une alternative majeure au Hamas.
Cependant, dans son étude, Malouk nuance ce constat en expliquant que malgré la chute du soutien au Hamas, aucune alternative crédible n’a émergé. Il affirme que même si le Hamas perd en popularité, de nombreux Palestiniens continuent de déclarer qu’ils voteraient pour lui lors d’élections. Selon lui, le Fatah est perçu comme faible et illégitime, et la perception d’une « hostilité israélienne » réduit la confiance dans l’OLP, qui est associée à une approche plus diplomatique avec Israël.
Par ailleurs, aucune nouvelle figure politique ne semble émerger en tant que leader unificateur. Actuellement, 32 % des habitants de Gaza estiment qu’aucun parti ou mouvement ne représente leurs intérêts, ce qui en fait le plus grand groupe électoral potentiel.
Opinions sur la reconstruction de Gaza
L’enquête de l’ISEP explore également la question de la reconstruction de Gaza. 89 % des répondants déclarent ne pas avoir les moyens de reconstruire leur vie par eux-mêmes après la guerre. Concernant les prêts pour financer cette reconstruction, 59,5 % des répondants s’y opposent et 19,2 % restent indécis.
Interrogés sur leur vision de l’avenir, 54,4 % des participants préfèrent reconstruire Gaza en mieux plutôt que de simplement restaurer son état précédent. Cette préférence est particulièrement marquée parmi les jeunes, avec 65,7 % des 35-44 ans et 62,2 % des 45-54 ans soutenant cette idée, contre 44,8 % des 15-24 ans.
En ce qui concerne les priorités de la reconstruction, 30 % des sondés citent le logement et l’hébergement comme la priorité numéro un, suivis par les services de base (27 %). Lorsqu’on leur demande quel type d’aide serait le plus utile, 38 % des répondants privilégient un soutien au logement pour eux et leur famille après la guerre.
Perceptions de l’aide humanitaire
L’un des sujets les plus sensibles reste la distribution de l’aide humanitaire. Selon l’enquête, 64 % des habitants de Gaza estiment que la distribution de nourriture et le vol d’aides sont des problèmes majeurs. Lorsqu’on leur demande qui en est responsable, la majorité des sondés accusent les gangs criminels (73,6 %) et Israël (74,2 %), mais aussi le Hamas (67,1 %).
Regards sur le conflit et perspectives d’avenir
Dans son article pour The Guardian, Malouk met en évidence un fossé de perception entre Israéliens et Palestiniens : les deux parties justifient leurs attaques en invoquant la protection de leur peuple, mais croient que l’autre camp est principalement motivé par la haine. Cette perception mutuelle réduit les chances de solutions diplomatiques, car les recherches montrent que plus une population pense être détestée, moins elle est encline à négocier la paix.
Malgré cela, il existe des motifs d’optimisme. D’après l’étude, plus de 90 % des habitants de Gaza sont confiants quant aux perspectives d’un cessez-le-feu durable ou d’une paix permanente avec Israël. De plus, les Gazaouis deviennent plus ouverts à certaines alternatives, comme une présence sécuritaire temporaire et une reconstruction sous médiation égyptienne.
L’avenir reste incertain, mais ces résultats montrent une dynamique nouvelle dans l’opinion publique de Gaza. Cependant, les chiffres, bien que révélateurs, ne racontent jamais toute l’histoire.