La Croix Rouge a-t-elle un problème avec les Juifs ?

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Par Yves Mamou pour Décryptages – Illustration : l’hôpital Shifa, dans son état actuel

La Croix Rouge s’excusera-t-elle d’avoir été complaisante avec les islamistes du Hamas, comme elle s’est excusée d’avoir été complice des nazis pendant la seconde guerre mondiale ?

Sur le site Internet du Comité International de la Croix Rouge (CICR) on peut lire le mea culpa suivant : « Le CICR n’a pas su s’exprimer et, surtout, agir en faveur des millions de personnes qui ont souffert et péri dans les camps de la mort, en particulier les Juifs pris pour cible, persécutés et assassinés sous le régime nazi ». Le CICR a qualifié son dédain de la situation faite aux Juifs par les nazis de « plus grand échec de son histoire ». »

Pourquoi le Comité International de la Croix Rouge a-t-il trébuché ainsi ? Les explications les plus communément avancées sont les pressions du gouvernement suisse pour préserver ses bonnes relations avec les nazis, le refus de rompre avec la Croix-Rouge allemande totalement nazifiée et l’antisémitisme avéré de certains membres du CICR.

L’historien autrichien Gerald Steinacher enseignant à l’Université américaine du Nebraska, a affirmé dans un livre titré « Humanitarians at war » que, dans l’immédiat après-guerre, le CICR aurait également aidé « des dizaines de milliers » de criminels de guerre nazis (dont Eichmann et Mengele) à échapper aux recherches.

La Croix Rouge et Gaza

La guerre déclenchée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 a ravivé les soupçons d’une animosité structurelle du CICR contre les Juifs.

Tal Amano, dont la mère, Elma Avraham, a été prise en otage au Kibboutz Nahal Oz, a vivement critiqué la Croix-Rouge internationale qui a refusé à plusieurs reprises d’acheminer des médicaments essentiels à sa mère âgée.

Olivier Jaoui, cousin d’Ofer Kalderon récemment libéré par le Hamas a reproché « aux ONG, notamment à l’ONU et à la Croix-Rouge de ne pas avoir fait beaucoup d’efforts pour rendre visite aux otages ».

Nitsana Darshan-Leitner, présidente du cabinet d’avocats Shurat HaDin, a écrit à la Croix-Rouge internationale (IRC), pour affirmer que « depuis le début des événements du 7 octobre, le CICR n’a pas rempli son devoir d’exiger de voir les otages, de garantir leur prise en charge humanitaire et d’organiser leur libération immédiate. »

Nombreux ont été les responsables israéliens qui ont souligné le peu d’empressement de la Croix-Rouge a exiger du Hamas qu’il autorise des visites pour vérifier l’état de santé des otages à Gaza.

Certains observateurs ont fait remarquer que la pusillanimité du CICR ne différait pas fondamentalement de l’apathie du monde occidental envers le Hamas. Sauf que le monde entier n’a pas pignon sur rue à Gaza. Le CICR lui, a des équipes permanentes qui opèrent à Gaza. En juillet 2023, on pouvait lire sur le site Internet du CICR sa fierté d’avoir aidé à la modernisation des urgences de l’hôpital Shifa de Gaza. « Le CICR reste déterminé à collaborer avec le ministère de la Santé (du Hamas) et d’autres acteurs clés à Gaza ».

Une présence de longue date à Gaza, des relations continues avec « le ministère de la santé » du Hamas donnaient au CICR tous les moyens de convaincre le Hamas de les laisser accéder aux otages.

Ce qu’ils n’ont pas fait.

L’abandon des otages israéliens détenus par le Hamas à Gaza est une accusation d’autant plus audible:

qu’en 2000, la Croix Rouge a négocié l’accès aux prisonniers détenus par le RUF (Révolutionary United Front) en Sierra Leone ;

en 2009, 2010 et 2014, le CICR a aidé à négocier la libération de prisonniers détenus par les guérilleros des FARC en Colombie ;

en 2009 et 2017, le CICR a pu visiter des prisonniers détenus par les Talibans en Afghanistan et obtenir la libération de certains d’entre eux.

Mais à Gaza, la Croix Rouge s’est bornée à un rôle d’intermédiaire passif entre le Hamas et Israel. Une inaction qui lui a fait livrer des cercueils le 20 février 2025.

La Croix Rouge, quelle neutralité ?

La Croix Rouge brandit en permanence sa neutralité. Ce qui lui permet affirme-t-elle de travailler en zone de guerre. Sans doute ! Sauf que la règle ne s’applique plus dès qu’il est question d’Israël.

L’ONG UN Watch qui mène une veille sur les agissements anti-israéliens de l’ONU, a recensé tous les tweets publiés par la présidente de la Croix-Rouge internationale et du Croissant-Rouge, Mirjana Spoljaric Egger, et par le directeur général Robert Mardini entre le 8 octobre et le 11 décembre 2023. Plus des trois quarts de tous les tweets – 77 % – critiquaient Israël. Seuls 7 % des tweets critiquaient le Hamas.

L’Institut de Jérusalem pour la justice fait remarquer que dans les jours qui ont suivi l’attaque brutale du Hamas commise le 7 octobre contre Israël, la Croix-Rouge n’a publié « aucun message, aucune image, aucun graphique ou aucune vidéo » pour s’inquiéter du sort des personnes kidnappées.

Les vidéos diffusées par l’armée israélienne ont clairement montré que les terroristes du Hamas avaient utilisé les hôpitaux de Gaza – et l’hôpital Shifa en particulier – comme base d’opération. Des otages y ont été amenés et pas pour être soignés. Mais les équipes de la Croix Rouge semblent n’avoir jamais noté la présence d’aucun milicien dans aucun hôpital. Et le CICR s’est en permanence indigné des combats menés dans les hôpitaux comme si le Hamas n’avait pas depuis toujours, transformé les patients en boucliers humains.

En 2022, Stéphane Bonamy, chef de la délégation régionale du CICR au Cameroun a poussé un cri d’indignation sur la situation des populations civiles au Cameroun : « Utiliser des patients comme boucliers humains, c’est une abomination » s’est-il exclamé. Un cri de colère qui a été repris sur le site Internet même du CICR.

Mais à Gaza, pourquoi la Croix Rouge s’est-elle tue ?

La Croix-Rouge est-elle antisémite ?

Personne ne peut raisonnablement accuser la Croix Rouge d’être mue par une haine obsessionnelle des Juifs. La réalité est plus simple.

Le CICR et toutes les organisations affiliées à la Croix Rouge sont traversés par des courants idéologiques ; les mêmes que ceux qui travaillent les sociétés occidentales. A commencer par le « wokisme », un courant d’idées qui s’obstine à voir le monde comme un concentré d’injustices sociales, de discriminations liées à la race, au genre, à la sexualité et à l’environnement.

Quand la Croix Rouge se défend d’être antisémite, elle le fait en utilisant le vocabulaire woke : ainsi, elle se dit « fermement résolus à favoriser la compréhension et l’inclusion » (des Juifs, sic). Mais lorsqu’il est question des Palestiniens, les Juifs ne peuvent plus être “inclus”. Ils deviennent des nazis qu’il faut exclure.

Le wokisme de la Croix Rouge se remarque à toutes les pages de ses sites Internet. Concernant le don du sang, la Croix Rouge américaine se dit « fière d’avoir marqué l’histoire de la communauté LGBTQ+ en devenant la première grande banque de sang du pays à mettre en œuvre les directives actualisées de la FDA qui ont éliminé les politiques de don de sang basées sur l’orientation sexuelle ».

Le Daily Mail a épinglé la Croix-Rouge britannique qui a édicté de nouvelles règles… interdisant les « noms de jeune fille » et le « mesdames et messieurs ». Cette Croix Rouge britannique, vieille de 154 ans et dont le roi Charles est le mécène, a publié un guide linguistique « « inclusif » ou on peut lire que « les personnes qui ne sont pas des femmes » peuvent tomber enceintes et avoir leurs règles. Le manuel explique aussi que les descriptions telles que « né homme ou femme » ou « homme biologique ou femme biologique » doivent être évitées car elles pourraient offenser les personnes transgenres ou non binaires, etc.

En France, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, des bénévoles de la Croix rouges ont été « aperçus en train de décoller des affiches d’otages israéliens sur leurs locaux franciliens ».

L’humanitaire tend-il mécaniquement vers le totalitaire ?

La question de savoir si l’humanitaire n’entretient pas des liens particuliers avec le totalitaire mérite d’être posée. Surtout quand on voit qu’en février 2021, le Daily Mail (encore lui), a révélé que plus de 120 organisations caritatives (dont la Croix Rouge, Alzheimer UK…) gaspillaient l’argent des dons « pour former leur personnel à la lutte contre les préjugés inconscients ». Esther McVey, députée et ancienne ministre conservatrice, s’est dite « désolée » que « des extrémistes politiques aient réussi à imposer cette absurdité. »

Le 7 octobre, le wokisme et le Hamas ont placé la Croix Rouge dans un dilemme. Défendre les otages juifs aurait obligé la Croix Rouge à adopter une attitude critique envers le Hamas. Mais comment se solidariser avec des Juifs quand tous les wokistes du monde, à commencer par le CICR, perçoivent le Palestinien – fut-il islamiste – comme une « adorable victime » ?

A Gaza, le CICR n’a pas œuvré dans une république islamique qui voile les femmes et défenestre les homosexuels. Médecins et infirmières du CICR se sont déplacés à Gaza dans une Palestine imaginaire, une Palestine-victime magnifiée, une Palestine modèle qui « résiste » héroïquement à un oppresseur juif israélien, transfiguré en oppresseur-blanc-raciste, c’est-à-dire en nazi.

Quand Roni et Simona Steinbrecher ont contacté la Croix Rouge pour lui demander d’acheminer des médicaments à leur fille, Doron Steinbrecher, 30 ans, retenue en otage par le Hamas, ils se sont heurtés à un refus. Non seulement, les responsables de la Croix-Rouge ont refusé d’accepter les médicaments, mais ils ont sermonné les parents de Doron : « Pensez au côté palestinien. C’est dur pour les Palestiniens, ils sont bombardés. »

Les Juifs et les Israéliens ont souffert et souffrent encore du comportement de la Croix Rouge.

Mais fondamentalement, c’est la Croix Rouge qui est à plaindre.

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