
Depuis la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds européens et son interdiction d’exercer une fonction publique pendant cinq ans, le paysage politique français connaît un bouleversement majeur. Cette décision de justice, que la principale concernée a immédiatement contestée, laisse entrevoir un possible changement de leadership au sein du Rassemblement national (RN). Jordan Bardella, actuel président du parti, pourrait bien être celui qui en bénéficiera.
Marine Le Pen, figure incontournable de l’extrême droite française et candidate à trois reprises à la présidentielle, se voit fragilisée par cette affaire judiciaire. La décision du tribunal la prive, pour l’instant, de la possibilité de briguer la présidence en 2027, bien qu’elle ait promis de faire appel. Les sanctions prévues – quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et 100 000 euros d’amende – ne seront appliquées qu’en cas d’échec de ses recours.
Ce verdict met un frein à ses ambitions politiques, mais il pourrait aussi accélérer la montée en puissance de Jordan Bardella. Celui-ci, âgé de seulement 29 ans, s’est imposé comme un visage neuf et dynamique du RN. Premier président du parti ne portant pas le nom de Le Pen, il bénéficie d’une popularité grandissante auprès des militants et d’une crédibilité accrue sur la scène nationale.
Depuis son élection à la tête du RN, Bardella a multiplié les efforts pour rendre le parti plus fréquentable et séduire un électorat plus large. Son ascension a été marquée par un discours plus structuré et une volonté de distanciation avec l’image sulfureuse du Front national d’antan. Il a notamment pris soin d’adresser des signaux positifs aux communautés juives de France, traditionnellement méfiantes à l’égard de l’extrême droite.
Lors d’une conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme, organisée par Amichai Chikli, ministre israélien des Affaires de la diaspora, Bardella a réaffirmé son engagement contre l’antisémitisme. Il a qualifié ce fléau de « poison » et a souligné qu’il devait être combattu sans aucune tolérance, en France comme ailleurs.
Un positionnement stratégique pour 2027
La question d’une candidature de Bardella à la présidentielle de 2027 reste en suspens. S’il a assuré son soutien à Marine Le Pen après sa condamnation, il apparaît néanmoins comme le favori en cas de retrait forcé de celle-ci. Un récent sondage indiquait que, dans l’hypothèse d’une candidature de Bardella, il pourrait attirer un électorat significatif et concurrencer directement les figures traditionnelles de la politique française.
Une droite républicaine en difficulté
Le paysage politique français est en pleine recomposition. Si Bardella devait se positionner en candidat naturel du RN, il ferait face à un défi de taille : rassembler au-delà du socle électoral historique du parti. Pour cela, il devra continuer à convaincre les indécis et affronter les critiques de ceux qui voient toujours en lui l’héritier d’un parti historiquement controversé.
Dans le même temps, la droite républicaine peine à proposer une alternative crédible. Les Républicains, minés par des divisions internes et une absence de leadership clair, peinent à se démarquer. L’actuelle montée de Bardella s’inscrit dans cette dynamique où les électeurs de droite cherchent une figure forte et structurée.
Si Marine Le Pen venait à être définitivement écartée de la scène politique, Jordan Bardella s’imposerait comme le leader naturel du RN. Son jeune âge et son positionnement stratégique pourraient jouer en sa faveur, d’autant plus dans un climat politique français en pleine transformation. Cependant, il devra encore prouver qu’il est capable de dépasser l’héritage du parti et d’incarner une véritable alternative crédible pour 2027.
Reste à voir si l’évolution du paysage politique et les décisions judiciaires futures confirmeront cette tendance.
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